Retour à la cantine, je m’installe avec un groupe au hasard et ces grandes tables se prêtent parfaitement au mélange. Pas de places attitrées, elles créent une forme d’égalité et favorisent le brassage.

Au Banquet, on ne se pose pas de questions qui font référence aux normes ; on se demande éventuellement ce qui nous a conduits ici ou ce que l’on a pensé de la dernière conférence. Et comme j’ai tendance à m’intéresser aux personnes pour ce qu’elles disent ou dégagent, je ne me suis pas posé la question de qui était l’homme sympathique à ma droite et que je pensais être un régisseur et qui me disait avoir supprimé toutes les applications de réseaux sociaux. J’ai pris son problème très au sérieux.

Je le trouvais tout de même bien informé, il me présentait des gens et me parlait des futures interventions, mais cela ne m’a pas mis la puce à l’oreille. Il avait mieux bossé le sujet que moi. Bref, on sympathise comme je l’ai fait avec au moins 45 autres personnes depuis mon arrivée ici.

Le lendemain, je le croise au café et il me demande si je vais bien. Et là, je fais une de mes gaffes légendaires, je lui dis :
– Mais au fait, et toi ? Tu fais quoi ici ?
– Je suis le directeur.

AH.
J’ai bafouillé.
J’aurais reculé sur 150 km de honte si j’avais pu le faire.

Et en même temps, cette anecdote dit beaucoup du Banquet et de l’humilité de son capitaine. Un navire qui peut impressionner, qui vogue sur les flots littéraires depuis 31 ans et qui a eu comme passagers Annie Ernaux, Pierre Michon, Marie Hélène Lafon…

Quand les strates sont effacées à ce point, c’est que la littérature prévaut.

Une forme de paradis sur terre. ❤️‍🔥

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