OFF du Banquet | Littérature aromatique

Au Banquet, on nourrit ses deux cerveaux : la matière grise et l’estomac. Concernant ce deuxième point, la dernière fois que j’ai aussi bien mangé, avec une constance de bons plats aussi remarquable, j’étais installée sur la toile cirée de ma grand-mère.

Le jeu du banquet, ce sont de grandes tables parées de toiles cirées colorées sous un chapiteau agrémenté de loupiotes. Quand on est un électron libre comme moi, on se retrouve plongé au temps du collège, à s’avancer avec un air un peu penaud vers les tables pour trouver un groupe susceptible de m’accueillir.

Ce banquet est une valse de rencontres dans laquelle on se jette avec délectation. On se nourrit de chaque échange, de chaque mot, de chaque souffle d’âme de ceux avec qui on partage une conversation profonde.

Un soir, je me suis approchée d’une table où je reconnaissais le sourire doux et familier d’Aline, la libraire phare de Lagrasse. « Je peux m’installer ici ? Je n’ai pas d’amis. » Et me voilà adoptée par une tribu de doux dingues, ceux de Radio Caillasse. Ils me racontaient qu’ils avaient enregistré en un temps record et remixé la voix de René Depestre pour la diffuser pendant la rencontre « Èsi anpil René Depestre », animée par Valérie Marin La Meslée, textes lus par Nathalie Pagnac. La voix de l’auteur résonnait avec puissance sur le parvis, sublimée par les gestes qui disent des traducteurs en langue des signes, et j’avais en face de moi ceux qui avaient produit ce petit miracle.

Radio Caillasse. J’ai toujours aimé le mot « cailloux » ; il regroupe à la fois l’enfance et les revendications. Radio Caillasse pour dire qu’ici, dans l’Aude, on est capable de s’adapter aux conditions hostiles pour faire du beau, comme le thym et le romarin.

Au Banquet, la littérature est aussi aromatique ❤️‍🔥

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